La confusion est fréquente. Un client nous dit : « On a déjà tous les diagnostics, on n'a pas besoin d'audit. » Et quand on regarde le dossier, on trouve un DPE, un diagnostic amiante, un constat plomb, un état des installations électriques et gaz. Tout est en ordre. Sauf que personne ne sait si le bâtiment tiendra encore 20 ans, combien coûtera sa remise aux normes, ni s'il vaut mieux le rénover ou le reconstruire.

Ce malentendu mérite d'être clarifié, car il peut coûter très cher.


Ce que fait un diagnostic immobilier

Les diagnostics immobiliers sont des constats réglementaires, rendus obligatoires par le Code de la construction et de l'habitation. Ils répondent à une question binaire : est-ce conforme ou non ? Ils sont exigés dans des contextes précis — vente, location, travaux, démolition — et portent chacun sur un risque spécifique.

Le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique)

Il attribue une étiquette de A à G en fonction de la consommation d'énergie et des émissions de CO₂. Depuis la réforme de juillet 2021, il est devenu opposable — c'est-à-dire que le vendeur ou le bailleur engage sa responsabilité sur son contenu. Mais le DPE repose sur une méthode conventionnelle (3CL-2021) qui modélise un usage standard du bâtiment, pas son usage réel. Il ne dit rien sur l'état de la structure, la durée de vie des équipements ou les pathologies cachées.

Source : décret n° 2020-1609 du 17 décembre 2020.

Le diagnostic amiante

Il recherche la présence de matériaux amiantés dans les bâtiments dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997. Il se décline en plusieurs versions selon le contexte : DTA (Dossier Technique Amiante) pour les parties communes et les bâtiments non résidentiels, DAPP pour les parties privatives, et diagnostic avant travaux ou démolition pour les chantiers. Mais attention : le diagnostic amiante « classique » (vente ou DTA) ne porte que sur les matériaux accessibles sans destruction. C'est seulement le diagnostic avant travaux qui impose des sondages destructifs — une nuance que beaucoup ignorent.

Source : articles R. 1334-14 à R. 1334-29 du Code de la santé publique.

Le diagnostic plomb (CREP)

Il concerne les bâtiments construits avant le 1er janvier 1949 et mesure la concentration en plomb des revêtements, principalement les peintures. Au-delà d'1 mg/cm², des travaux de suppression du risque d'exposition doivent être engagés. Le saturnisme reste un enjeu de santé publique, notamment pour les jeunes enfants et les femmes enceintes.

Source : articles L. 1334-1 et suivants du Code de la santé publique.

Les diagnostics électricité et gaz

Ils évaluent la conformité des installations de plus de 15 ans par rapport aux normes de sécurité en vigueur. Ils signalent des anomalies — absence de mise à la terre, défaut de protection différentielle, mauvaise ventilation d'un appareil à gaz — mais ne quantifient pas le coût de remise en conformité.

Ajoutons à cela l'état des risques (ERP), le diagnostic termites dans les zones à risque, le diagnostic bruit en zone aéroportuaire, et le diagnostic assainissement pour les installations non collectives.


Ce que ces diagnostics ne font pas

La liste est instructive par ses absences.

Aucun diagnostic réglementaire n'évalue l'état structurel du bâtiment. Personne ne regarde si les fondations sont stables, si les planchers portent correctement, si la charpente est saine, si les façades présentent des désordres évolutifs. Un immeuble peut avoir un DPE en B et des problèmes structurels qui nécessitent 800 000 € de travaux.

Aucun diagnostic ne donne une vision globale et hiérarchisée des travaux à prévoir. Chaque diagnostic travaille en silo : l'un regarde l'énergie, l'autre l'amiante, l'autre le plomb. Personne ne croise les données pour produire un plan d'action cohérent avec un budget global et un calendrier.

Aucun diagnostic ne compare des scénarios. La question « vaut-il mieux rénover ou reconstruire ? » ne rentre dans le périmètre d'aucun diagnostic obligatoire. C'est pourtant souvent la question la plus importante pour un investisseur ou un maître d'ouvrage.

Aucun diagnostic ne quantifie la durée de vie résiduelle des équipements. Le DPE vous dit que votre chaudière consomme beaucoup, pas qu'elle tombera en panne dans 3 ans. Le diagnostic électrique signale des anomalies, pas que votre tableau général est en fin de vie et que le remplacement coûtera 120 000 €.


Ce que fait un audit technique

L'audit technique de bâtiment est une démarche volontaire — pas une obligation réglementaire — qui vise à produire une photographie complète de l'état d'un bâtiment et à quantifier les investissements nécessaires pour le maintenir, le rénover ou le transformer.

Son périmètre est transversal. Il couvre typiquement :

Le livrable d'un audit technique n'est pas une étiquette ou un constat. C'est un document de décision : un tableau de bord qui chiffre les travaux par lot, les hiérarchise par urgence et par retour sur investissement, et permet de comparer des stratégies (rénovation partielle, rénovation globale, démolition-reconstruction).


Un tableau pour y voir clair

Critère Diagnostics immobiliers Audit technique
Nature Obligation réglementaire Démarche volontaire
Déclencheur Vente, location, travaux Décision d'investissement
Périmètre Mono-thématique (énergie, amiante, plomb…) Transversal (structure + équipements + énergie + conformité)
Profondeur Constat / étiquette Analyse + chiffrage + scénarios
Livrable Rapport de conformité Plan d'action chiffré et hiérarchisé
Durée terrain Quelques heures Plusieurs jours
Coût indicatif 500 à 3 000 € par diagnostic 5 000 à 30 000 € selon la taille
Valeur ajoutée Conformité légale Aide à la décision stratégique

Pourquoi la confusion est dangereuse

Confondre diagnostics et audit, c'est croire qu'on connaît son bâtiment alors qu'on n'a qu'une vision fragmentaire et superficielle. C'est comme confondre une prise de sang avec un bilan de santé complet : les deux sont utiles, mais ils ne répondent pas aux mêmes questions.

Dans la pratique, cette confusion conduit à trois types d'erreurs coûteuses.

Sous-estimer le coût d'une acquisition. Les diagnostics sont « propres », donc on achète. Sauf que personne n'a regardé les fondations, les reprises de façade ou l'état réel du réseau de plomberie encastré.

Engager des travaux sans stratégie globale. On refait l'isolation parce que le DPE est mauvais, puis on découvre en cours de chantier que les façades présentent des désordres structurels qu'il aurait fallu traiter d'abord. Résultat : on casse ce qu'on vient de poser.

Prendre une décision de rénovation vs. reconstruction sur des données insuffisantes. Sans vision quantifiée de l'état réel du bâti, on choisit au feeling — et on se retrouve parfois engagé dans une rénovation qui finit par coûter plus cher qu'une reconstruction.


En résumé

Les diagnostics immobiliers sont nécessaires. Ils sont obligatoires, ils protègent juridiquement les parties, et ils identifient des risques spécifiques. Mais ils ne remplacent pas un audit technique.

L'audit technique est l'outil de ceux qui doivent prendre des décisions — acheter, vendre, rénover, arbitrer. Il transforme une collection de constats partiels en une vision d'ensemble exploitable.

Les deux sont complémentaires. Aucun des deux ne rend l'autre inutile. Mais les confondre, c'est naviguer avec une carte incomplète.

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